Partie civile devant la cour d’assises :
Droits et attentes de la victime ou de ses proches
Me François Buthiau
B|S AVOCATS
93, rue La Boétie – 75008 Paris
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Un procès criminel est fait de deux aspects qu’il ne faut pas confondre. L’action publique, conduite par le ministère public, vise à juger et punir : la famille de la victime n’en a pas la maîtrise. L’action civile, elle, lui appartient en propre et vise la réparation de son préjudice.
Se constituer partie civile, et le faire tôt
Peut se constituer partie civile toute personne qui a personnellement souffert d’un dommage directement causé par l’infraction : la victime elle-même, mais aussi, en cas de décès, le conjoint, les enfants, les parents, les frères et sœurs, chacun pour son propre préjudice.
La constitution peut intervenir jusqu’aux réquisitions du ministère public à l’audience. Attendre ce stade est pourtant une erreur. Constituée pendant l’instruction, la partie civile accède au dossier, peut demander des actes, solliciter une expertise, être entendue, contester certaines décisions du juge. Constituée au moment du procès, elle découvre un dossier qu’elle n’a pas contribué à construire.
Le déroulement de l’audience
La cour et le jury se prononcent d’abord sur la culpabilité, puis éventuellement sur la peine. Ce n’est qu’ensuite, et c’est un point que peu connaissent, que la cour statue sur les dommages et intérêts sans l’assistance du jury : les magistrats professionnels seuls examinent la demande de réparation. La demande indemnitaire est ainsi jugée par une formation différente de celle qui a déclaré la culpabilité.
L’acquittement ne ferme pas nécessairement la porte à l’indemnisation. L’article 372 du code de procédure pénale permet à la partie civile de demander réparation du dommage résultant de la faute civile de l’accusé.
L’appel, strictement limité
La partie civile ne peut faire appel que de ses intérêts civils. Elle ne peut contester ni l’acquittement, ni la peine : seul le procureur général (ou l’accusé) peut relever appel. Lorsque l’appel ne porte que sur le volet civil, il n’est pas jugé par une cour d’assises d’appel mais par la chambre des appels correctionnels.
En appel, aucune demande nouvelle n’est recevable, à l’exception de l’aggravation du même préjudice survenue depuis la première décision. C’est une raison supplémentaire de chiffrer complètement le préjudice en première instance. Enfin, même sans avoir fait appel, la partie civile de première instance conserve ses droits devant la cour d’assises statuant en appel.
Chiffrer le préjudice
La réparation ne s’obtient pas globalement mais poste par poste : souffrances endurées, préjudice esthétique, déficit fonctionnel, pertes de revenus, frais engagés et, pour les proches d’une victime décédée, préjudice d’affection.
Chaque poste suppose des pièces — certificats, expertises, justificatifs — réunies bien avant l’audience.
Une expertise médico-légale peut être demandée dès l’instruction, et c’est souvent à ce stade que se joue le montant finalement alloué.
Obtenir le paiement, problématique délicate
Une condamnation à des dommages et intérêts ne vaut pas paiement. Beaucoup de condamnés sont insolvables, et l’exécution est un point critique. Deux mécanismes existent:
La commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI) accorde une réparation intégrale aux victimes d’atteintes graves à la personne — décès, viol, violences ayant entraîné une incapacité totale de travail d’au moins un mois. Cette indemnisation est autonome : elle ne dépend ni de la solvabilité de l’auteur, ni même d’une condamnation. Le délai est strict : trois ans à compter de l’infraction, prorogé jusqu’à un an après la décision pénale définitive.
Le service d’aide au recouvrement intervient dans l’hypothèse inverse, lorsqu’une condamnation définitive existe mais n’est pas exécutée dans les deux mois. Il verse l’intégralité des sommes jusqu’à 1 000 euros et, au-delà, 30 % du montant avec un minimum de 1 000 euros et un maximum de 3 000 euros, puis se retourne contre le condamné.
Le coût de la procédure
Les victimes des crimes d’atteinte volontaire à la vie ou à l’intégrité de la personne — meurtre, assassinat, tortures et actes de barbarie, viol notamment — et leurs ayants droit bénéficient de l’aide juridictionnelle sans condition de ressources.
L’assistance d’un avocat pendant toute la procédure criminelle est donc accessible indépendamment de la situation financière de la victime.
Ce que la loi du 23 juillet 2026 apporte
La loi n°2026-651 du 23 juillet 2026 encadre plus strictement les autopsies : information de la famille, conditions des prélèvements d’organes, obligation de restitution ou de destruction dans des délais déterminés.
Elle impose d’informer les victimes de la possibilité d’une mesure de justice restaurative.
Elle aligne enfin les audiences de renvoi sur intérêts civils sur les règles de la procédure civile, au plus tard le 1er janvier 2027.
Le cabinet assiste les victimes et leurs familles à tous les stades de la procédure criminelle, de la plainte à l’exécution de la décision.